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Les raisons pures de la critique


« Le cinéma et le public n’ont pas besoin de la critique. » Voilà le genre de réflexions qui pullulent dans les méandres de l’Internet. A un tel jugement sans appel, il est difficile de défendre la fonction de critique tant la notion est mal connotée. Pourtant, oui, le cinéma a bel et bien besoin d’une presse spécialisée et analytique.

De nos jours, la critique de cinéma, retranchée dans des clichées dus a des visions corporatistes, est de plus en plus policée par les discours politiquement corrects. Dire du mal d’un film devient un crime de lèse-majesté. Et l’auteur du pamphlet d’acquérir l’aura maléfique d’un être aigri et jaloux, d’un individu frustré de n’avoir pu devenir lui-même metteur en scène de cinéma. Pourquoi un réalisateur, souvent amalgamé à l’artiste, devrait être au-delà de tout jugement esthétique ? Entouré d’une équipe technique qui n’adhère pas toujours ni à son projet artistique ni à sa vision de la société, il devient un être supérieur qui détiendrait un savoir omniscient et incontestable. « Mais, vas-y, fait un film, alors » est l’argument qui revient dans la bouche de ceux qui ne supportent pas la contestation ou que leur statut de créateur soit mis à mal. Faut-il donc faire partie d’une élite ? Cela reviendrait à dire qu’il y a ceux qui savent d’un côté et les ignorants de l’autre… L’acte artistique de créer relève-t-il du geste divin qu’il devient impossible au commun des mortels d’avoir le moindre recul ?

Faut-il dire « oui, amen » sans broncher à Astérix aux JO et aux pseudo-pitreries de Franck Dubosc ? Et ainsi, laisser dans l’enfer d’une distribution considérée comme underground, des films qui pourraient trouver un plus large public si l’argent ne leur faisait pas défaut ? Des oeuvres aux budgets si modestes qu’ils deviennent invisibles à côté des colossales campagnes de pubs des grosses machines. Une ostentation, inversement proportionnelle à la pauvreté des scénarios et des mises en scènes, qui peut bien souffrir quelque mise à mal ou même un papier au vitriol dans un magazine ou un journal… Les autres, au mieux, auront droit à un article, une colonne ? Encore faut-il que ce ne soit pas une revue dont chaque article est un copié-collé de publi-reportages ou de dossiers de presse… Sans la critique d’opinion, celle qui engage son auteur et son point de vue, certains films passeraient inaperçus dans les salles… Car la critique, c’est aussi de l’information. Et son rôle peut aider des films issus de petites productions à avoir une existence en salles.

Admettre l’existence de critiques négatives sur un film qui remporte une adhésion générale, c’est reconnaître les différences de chacun. Cela s’avère rassurant au milieu d’un mode de pensée de plus en plus conformiste où la manipulation des masses se confond avec un événement fédérateur, un ouvrage populiste avec une œuvre populaire… La critique, qu’elle soit positive sur un film honni par la majorité ou négative sur un autre au contraire plébiscité par la même foule, permet à chacun de se positionner, de participer à un débat… Certes, la polémique reste informelle pour ne pas dire virtuelle du fait qu’elle reste, la majeure partie du temps dans le cadre du privé. Mais cette expression d’une sensibilité et d’une personnalité relève aussi d’une démarche sociable. En cela, la critique n’est pas moins respectable que l’œuvre qu’elle aborde…

Cependant, il n’est pas rare de voir tel ou tel critique se faire vilipender sur les forums Internet à cause de ses positions idéologiques ou de son goût pour des films moins accessibles au grand public. Ces procès d’intention sont légion sur la toile, véritable révolution des cuistres. Les forums spécialisés en cinéma sont peuplés de consommateurs qui se prétendent cinéphiles, étalent leurs avis dont l’indigence n’a d’égal que les lieux communs… Au final, et malgré leur aspect communautariste, ces espaces de discussions sont interchangeables tellement y sont vénérées les mêmes idoles, y sont descendus les mêmes films. Sans y autoriser l’accès à l’avis critique susceptible de les bousculer dans la certitude que le cinéaste est un créateur intouchable… Quelle surprise de découvrir les cyber-cinéphiles défendre le pourtant très conspué Luc Besson suite à un virulent papier d’un magazine spécialisé et de réclamer, comme un seul homme derrière le plus états-unien des réalisateurs français, la tête du fautif…

Le paradoxe réside dans le fait que les internautes ne se considèrent jamais eux-mêmes comme l’égal des journalistes qu’ils blâment. Alors qu’ils se permettent un jugement sur un travail analytique au nom d’une création dont ils ne sont pas les auteurs. Car, pour ces mêmes gens, il y a des films ou des réalisateurs dont il ne faut jamais dire de mal. Et pour cette raison, la critique négative est nécessaire ; elle aide à relativiser la place des idoles qui aident à asservir les masses…

De plus, alors que l’image est devenue le moyen de communication le plus répandu dans le monde, il devient nécessaire d’acquérir les clés qui permettent d’installer une distance entre la puissance de l’image et le spectateur. En parallèle à la politique d’éducation à l’image, de nombreuses revues plus analytiques que critiques voient le jour. Dans la même optique, Le coin de l’œil a la volonté de défendre des oeuvres méconnus, de réhabiliter celles qui sont méprisées et qui mérite un angle de vue différent et, aussi, remettre en perspective celles qui nous semblent surestimées parce que virulence n’est pas synonyme de mépris. Et comme Le coin de l’œil est dénué d’œillères, il réserve un traitement égal aux films de genre qui ont, dans ses pages, autant leur place que les films d’auteur.


Thomas Roland





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COMMUNIQUÉ SPÉCIAL :


"Cinéma et audiovisuel : vers le démantèlement de la diversité culturelle ?"

Cinéastes, producteurs, réalisateurs, distributeurs, chercheurs, comédiens, techniciens, enseignants, responsables de festivals, de salles privées, de salles publiques, de ciné-clubs et d'associations culturelles et d'éducation artistique, représentants de structures réparties sur tout le territoire s’inquiètent de la situation périlleuse connue par le secteur de l’action culturelle cinématographique suite aux annonces de réductions budgétaires faites par le ministère de la Culture. A court terme les crédits en direction des festivals, des associations de cinéma et d’éducation à l’image sont menacés.

Dans le même temps, certains circuits multiplient les attaques juridiques et médiatiques en direction des salles d’art et d’essai et de l’intervention publique en faveur des politiques de proximité et de diversité culturelle.

Nous qui créons, fabriquons, produisons, diffusons, accompagnons des films, leurs auteurs, qui amenons le cinéma dans les villages, les quartiers, les écoles, dans les salles et aussi dans la rue, dans les hôpitaux ou bien dans les prisons, qui organisons des festivals, des ateliers, des rencontres entre les professionnels et le grand public.

Nous qui soutenons un cinéma de qualité, d’indépendance et de création, dans le cadre d’une politique nationale concertée et durable fondée sur l’intérêt général, dans le cadre de la reconnaissance par l’OMC du principe de l’exception culturelle et pour la diversité culturelle soutenue par l’UNESCO.

Par cette mobilisation exceptionnelle, nous souhaitons alerter à la fois les pouvoirs publics, les élus locaux, la presse, les spectateurs et l’ensemble de la profession du cinéma et de l’audiovisuel sur la nécessité de défendre le système français de soutien au cinéma et à l’action culturelle.

Et nous appelons solennellement l’Etat à réaffirmer la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le champ de l’art et de la culture.

Pour signer la pétition.





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Rédacteurs : Francis Moury, Deza Nguembock, Valéry Poulet, Thomas Roland...
Secrétaire de rédaction : Thomas Roland
Photos : Benjamin Calippe, Bruno Detante, Laffitte Mourad, Thomas Roland...
Développement du site : Pierrick Prudhomme

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