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Identité nationale : comme au cinéma !

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Il n’est pas rare de lire, ici ou là, d’entendre, par-ci, par-là, de courageuses dénonciations d’un certain cinéma américain souvent taxé de facho et réactionnaire et dont les scénarios, indigents, sont forcément mal écrits. Oui, car les limites intellectuelles de ces gens sont bien connues et il est d’ailleurs heureux qu’un océan nous sépare de ces individus vulgaires et brutaux. Par chance, le cinéma français, lui, s’engage, s’engouffre sur les chemins sinueux de la réflexion et d’une poésie proche de la tradition des lumières…

Oui, le cinéma français est bien là pour éclairer les esprits, offrir une alternative à ces productions débilitantes issues de l’impérialisme yankee. En effet, un provincial dénué de moyens peut ainsi savoir à quoi ressemble Paris, capitale qui lui reste inaccessible, partager les rêves, les joies et les peines de Louis Garrel dont le regard profond s’attarde sur une Belle personne… De Christophe Honoré à Cédric Klapisch, sans oublier Jean-Pierre Jeunet, le cinéma français redessine le paysage démographique, retourne aux vraies valeurs d’une France que l’on croyait oubliée. Oui, le cinéma français est une alternative à ces machines pleines de bruits, de plans trop rapides, de mouvements trop fluides qu’un oeil trop habitué à une caméra immobile ne peut suivre.

Oui, le cinéma français, c’est le cinéma d’aujourd’hui et de demain éternellement ancré dans ce passé qui fait le plus grand bonheur des aficionados du gramophone, des bals musettes et du papier peint terne que tentent d’égailler les représentations de guillerets volatiles. Avec des films comme Paris, La belle personne, Mademoiselle Chambon, c’est le grand retour du scénario bavard, de la mise en scène statique, de l’absence d’idée visuelle et du montage plan/plan... À croire que les évolutions techniques n’ont pas prise sur les esprits des réalisateurs français. La satisfaction de petits plaisirs, au mieux par le biais de la subversion petits bras ou au pire du discours populiste, semble être leur seul credo.

C’est à une véritable renaissance du cinéma des années 40 à laquelle assiste le public. Le cinéma français, des films d’Arnaud Desplechin à LOL de Liza Azuelos en passant par Le bal des actrices de Maïwenn, se complaît dans un nombrilisme indécent lorsqu’il est estampillé « cinéma d’auteur. » Les autres, ceux qui se déclarent populaires, la vulgarité la plus crasse est la fange dans laquelle ils se vautrent avec un mépris du public à peine déguisé. Dans tous les cas, ces spectacles célèbrent une société ethnocentrée et bouffie d’auto-satisfaction. Les visiteurs, Camping, Il est plus facile pour un chameau..., Non, ma fille tu n’iras pas danser font écho à Forces occultes, film anti-sémites et anti-maçonnique de Paul Riche réalisé sous Pétain. Dans Les poupées russes de Cédric Klapisch, Romain Duris ne préfère-t-il pas Audrey Tautou, l’icône de la France rance d’Amélie Poulain, à la superbe Aïssa Maïga ? Il y a cette même haine de l’autre et de la différence, cette même méfiance vis à vis de l’étranger, ce même désir de pérenniser des valeurs d’un autre âge…

Cela fait plus de quinze ans que le public français s’émerveille devant ces films qui agissent telle une machine à remonter le temps. Ces fantasmes du vieux, du « c’était mieux avant », cette nostalgie de supermarché sont enfin à la portée de tous lorsqu’un candidat populiste se présente et évoque, à travers ses discours, la France de Jean-Pierre Jeunet, l’école des Choristes ou la sécurité selon Liam Neeson dans Taken

Dans sa forme et dans son fond, le cinéma français, malgré quelques films plus engagés qui passent malheureusement inaperçus, se révèle bien plus réactionnaire que les blockbusters américains tant décriés ici bas. Incapable de ce second degré et de cette auto-dérision qui caractérise les productions étasuniennes, c’est pourtant lui qui se retrouve avec la poutre dans l’objectif de la caméra.


Thomas Roland




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À venir, des articles sur le premier roman de Viktor Lazlo, La femme qui pleure, un documentaire sur James Ellroy, un entretien avec Hal Duncan à propos de son diptyque Le livre de toutes les heures...




COPINAGE :

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Le rédac' chef (du Coin de l'oeil) n'est pas peu fier de vous inciter à aller lire l'interview d'Aïssa Maïga dans le numéro 26 de Brazil.




COMMUNIQUÉ SPÉCIAL :


Le coin de l'oeil se fait le relais d’une lettre ouverte de François Ede, réalisateur, chef opérateur et restaurateur des films de Jacques Tati et Pierre Etaix notamment.

Films génétiquement modifiés.

Les films tournés en Scope et en 1,85 seront désormais recadrés en 14/9
(1:1,55) sur les chaînes du service public.

Jusqu'à présent les chaînes publiques diffusaient les films au format Scope avec des caches noirs en bas et en haut de l'image pour conserver la largeur du cadre (letterbox), ce n'était évidemment pas la panacée, mais au moins le format d'origine des films était respecté.
Le 21 août France 3 diffusait « Paris brûle-t-il? » de René Clément. Ce film tourné en Cinémascope a été mutilé par recadrage dans un format qui n'a jamais existé au cinéma : le 14/9 ou 1:1,55! Le titre du générique début était devenu incomplet (on lisait en forme de rébus : .ARIS BRULE-T...!!!). Dans certains plans, les acteurs situés sur les bords du cadre étaient hors champ et en voix off.
J'ai donc envoyé un mail au service des téléspectateurs de la chaîne, qui une lunaison plus tard m'a retourné cette explication amphigourique:
« Le format de diffusion de ce film est un compromis entre le format des écrans TV actuels et le format d'origine du film. En effet, France 3, chaîne généraliste et de service public, peut être amenée à modifier le format de diffusion de certains films afin que l'ensemble des téléspectateurs puisse bénéficier d'une meilleure vision » (1).
On reste évidemment ému d'une telle volonté de nous offrir une « meilleure vision ». Les vrais amateurs de cinéma objecteront que je mène ici un combat d'arrière-garde, et qu'il faut aller voir les films au cinéma ou dans les cinémathèques. C'est encore vrai pour quelques années, car les copies films vont progressivement disparaître. Les gros détenteurs de catalogues n'auront aucun scrupule à éditer leurs DVD,
blue-ray ou films en téléchargement dans des formats adaptés à une « meilleure vision »pour mieux les vendre aux diffuseurs. Dans le passé de nombreux éditeurs et distributeurs ont mis sur le marché des versions « restaurées » avec un recadrage d'image, ou un son remixé en 5.1. Puis est venue la « colorisation ». (On peut citer « Autant en emporte le vent » restauré en 1,85 dans les années 70, la version remixée de Vertigo et celle colorisée de « Asphalt Jungle »). Qui sait encore que les premiers films parlants étaient au format 1,20 et qu'on ne peut plus les voir aujourd'hui qu'en 1,37 (en dehors de quelques restaurations de cinémathèque) ? La plupart des films muets ont subi le même sort. Mais les méfaits du 14/9 ne s'arrêtent pas là. Quand vous regarderez un film au format classique (Academy): 1:1,37, le rapport longueur largeur se trouvera modifié. Pour y parvenir, il faut déformer l'image en largeur, c'est une anamorphose électronique. !
On peut
imaginer que bientôt les films de répertoire seront diffusés en 16/9 comme cela se fait déjà pour les documentaires utilisant des images d'archives. L'image sera déformée en largeur et tronquée en hauteur pour occuper toute la surface des écrans 16/9. Brigitte Bardot y gagnera deux tailles de tour de hanches, et le général de Gaulle n'en sortira pas grandi tout en perdant les étoiles de son képi. Il suffira de quelques années pour que des catalogues entiers d'oeuvres soient massacrés par des « restaurations » numériques et des « remasterisations » faites au mépris du respect des oeuvres et de leurs auteurs. L'irruption discrète du format 14/9, sur lequel les chaînes se sont abstenues de communiquer, produira inévitablement ce type d'effets pervers.
Tout cela m'ayant échauffé la bile, j'ai poussé plus loin mes investigations et j'ai appris qu'il existe une recommandation FICAM/CST (2). Cette recommandation (qui n'est donc pas une obligation pour les diffuseurs), autorise de surcroît une dispense pour les formats 1:1,85 et 2,35. Cette dispense figure en caractères minuscules au bas d'un tableau et est ainsi formulée : «Valeur qui peut être modifiée sur demande de recadrage spécifique du diffuseur». Il est clair que cette recommandation pour la diffusion des films de cinéma autorise les diffuseurs à faire à peu près tout et n'importe quoi, et comme ils n'attendaient que ça, ils se sont donc engouffrés dans la brèche. On appréciera le caractère ubuesque d'une recommandation qui instaure une règle où l'image de cinéma est traitée comme un chewing-gum optique.

Vous êtes donc invités à faire circuler ce texte le plus largement possible parmi les organisations professionnelles de réalisateurs, de techniciens et de producteurs. Les sociétés d'auteurs et les ayants droits devraient se trouver au premier rang de ce combat, car cette affaire touche au respect des oeuvres et au droit moral des auteurs.

Vous pouvez me communiquer vos noms, professions et adresses mail dans
la perspective de déposer une pétition.


François EDE
Réalisateur et chef opérateur.
f.ede@laposte.net

Notes
(1) Service des téléspectateurs de France 3
(2) Les recommandations FICAM/CST sont téléchargeables sur le site de la CST.





Ours :
Rédacteur en chef & secrétaire de rédaction : Thomas Roland
Comité de Rédaction : Marc Alpozzo, Sylvain Bouture, Kévin Colin, Axelle Girard, Francis Moury, Deza Nguembock...
Photos : Benjamin Calippe, Bruno Detante, Élo, Poplephi, Emmanuelle Vue...
Développement du site : Pierrick Prudhomme
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Les illustrations sont issues de collections personnelles, de dossiers de presse (Warner, Metropolitan Film & video, Paramount, 20th Century Fox...) ou sont la propriété de leurs auteurs pour les photos originales.
 
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