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Images de femmes, femmes d’images

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Depuis que les hommes savent se servir de leurs mains pour créer des œuvres d’art, les femmes étaient déjà un de leurs sujets favoris. A travers le monde et dans divers sites archéologiques, des idoles féminines aux formes généreuses sont ainsi découvertes. Si leurs fonctions restent un mystère, elles témoignent pourtant bel et bien d’une fascination pour le corps des femmes. Et la récurrence de statuettes au ventre arrondi par la grossesse est sujette à des interprétations aussi multiples qu’incertaines. Les femmes étaient-elles perçues comme sacrées par le pouvoir qu’elles ont de donner la vie ?

Plusieurs siècles plus tard, avec la présence de représentations de la Vierge Marie dans les lieux sacrées et les foyers, ce pouvoir de fascination n’est pas démenti. Mais à cet envoutement est pourtant soustrait une composante essentielle : l’adoration du corps en lui-même se retrouve ici voilé par une robe rouge surmontée d’un manteau bleu… Le Saint Esprit est passé par là, avec dans son sillage les fonctionnaires de l’église plus préoccupés par leurs situations privilégiées que par le respect des textes, et l’acte de chair devient honteux, le corps de la femme source de méfiance.

Sujet de culte, de phantasme et de désir, le corps de la femme fait le bonheur des peintres qui, au cours des siècles, ne se privent pourtant pas de la dessiner nue comme l’attestent de nombreuses toiles qui nous sont parvenues… Et si l’homme apparaît aussi nu que sa compagne, la fréquence de telles exhibitions est bien moindre. Surtout, elles témoignent d’un déséquilibre certain. L’homme peint, même nu, l’est toujours du fait d’une main masculine exerçant ainsi un contrôle sur sa propre image. Des femmes aux formes voluptueuses de Peter Paul Rubens à l’inconnue du Déjeuner sur l’herbe de Edouard Manet, les coups de pinceaux sont exclusivement masculins et la femme monte, déjà, au paradis des produits de consommation.

Cela n’exclut pas pour autant tout discours distancié ou subversif. Mais quand l’artiste peint une femme dans le but d’interroger le regard d’autres hommes, le modèle qui apparaît sur la toile ne s’accorde-t-il pas à son idéal féminin ? N’est-ce pas une complaisante réponse à ses propres phantasmes ? Au fur et à mesure des années puis des siècles, les mœurs se libèrent, les corps sont de plus en plus exposés et la femme de plus en plus offerte. Playboy, Penthouse, Lui, et les films pornographiques, autant de medias qui offrent une autre image, qui se dit moderne, de la femme qui assume son corps et sa sexualité. Mais le regard porté est ambivalent et ambigu. Le mystère que lui conférait le pouvoir de donner la vie s’est éclipsé au profit d’une iconographie de ce plaisir qui ne se partage pas.

S’il est tentant de penser que l’histoire de l’art est essentiellement masculine, c’est parce que les femmes artistes sont largement ignorées des historiens. Malgré l’existence de premières œuvres remarquables à partir du 17ème siècle, elles restent toujours absentes des musées. Longtemps les femmes artistes furent cantonnées aux ateliers familiaux et aux couvents. Il leur était interdit d’étudier l’anatomie d’après nature et les portes des académies leur furent longtemps fermées. S’il leur était possible d’exercer le métier de peintre, la reconnaissance sociale restait inaccessible. Par conséquent, elles ne pouvaient déployer leur talent que sur des portraits et des natures mortes ainsi que dans l’art religieux. Et les préjugés voulaient que les miniatures siéent aux mains délicates des femmes.

Cette idée préconçue perdure jusqu’au début du cinéma et voit les femmes exécuter des métiers dit de petites mains : du maquillage au montage en passant par la fabrication des costumes. Pourtant, en parallèle avec les débuts du cinéma, émerge une réalisatrice. D’abord secrétaire pour Léon Gaumont, Alice Guy réalise, écrit et produit des centaines de films. Puis, en 1915, Germaine Dulac met en scène son premier film. Plus qu’une simple réalisatrice, la jeune amiénoise vise le rang de cinéaste engagée. Difficile de s’imposer comme réalisatrice dans un milieu essentiellement masculin. Leni Riefenstahl et Ida Lupino font partie de ces femmes qui sont passées par la comédie avant de s’imposer derrière la caméra. L’actrice hollywoodienne passe ainsi du statut de femme fatale à celui d’artiste frondeuse grâce à des films sur le regard que pose la société sur les filles mères, les femmes victimes de viol… Sujets considérés, à l’époque, difficiles sinon tabous.

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Mais c’est la France qui peut se vanter d’avoir le plus de femmes réalisatrices, en particulier autour des années 60 et 70. Une vague de cinéastes féminines et féministes prennent d’assaut les écrans alors que les femmes se voient accorder le droit à la contraception, l’interruption volontaire de grossesse et donc la réappropriation de leur propre corps. Leurs films tourneront, pour la plupart, autour de ces thématiques. Avec, entre autres, Agnès Varda avec Cléo de 5 à 7, Nelly Kaplan avec La fiancée du pirate, la révolution sexuelle devient une révolution de l’image. Sex-symbol du cinéma français dans les mêmes années, égérie du très mâle Alain Delon, Mireille Darc s’empare elle aussi de la caméra, signe un long métrage avant de se tourner vers le documentaire. A travers ses films, dans lesquels s’expriment des femmes de divers horizons professionnels et sociaux, dont prostituées et actrices de films X, la blonde actrice combat idées reçues et préjugés.

Mais Kathryn Bigelow, aux Etats-Unis, Claire Denis, Claire Devers, Laëtitia Masson montrent qu’elles peuvent filmer des histoires et des corps d’hommes. Et, dans les années 2000, le paradoxe veut qu’elles soient de plus en plus nombreuses à mettre en scène de la pornographie à l’heure où celle-ci, via Internet et la vidéo, vulgarise une image de plus en plus violente et misogyne de l’acte sexuel et des femmes comme objets de consommation. Les réalisatrices se réapproprient la grammaire du cinéma dit mainstream pour y inclure l’image longtemps taboue, dans ce medium, de l’homme nu. Catherine Breillat, Virginie Despentes, Pascale Ferran et, avant elles et dans un autre contexte, Leni Riefenstahl filment le corps de l’homme dans son entier et le sexe devient moteur de l’action. Voilà quel est l’apport des femmes au cinéma : celui de redéfinir le rapport au corps et de briser les interdits s’y rapportant. Une progression qui ne se fait, encore aujourd’hui, pas sans mal…


Thomas Roland





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COMMUNIQUÉ SPÉCIAL :


"Cinéma et audiovisuel : vers le démantèlement de la diversité culturelle ?"

Cinéastes, producteurs, réalisateurs, distributeurs, chercheurs, comédiens, techniciens, enseignants, responsables de festivals, de salles privées, de salles publiques, de ciné-clubs et d'associations culturelles et d'éducation artistique, représentants de structures réparties sur tout le territoire s’inquiètent de la situation périlleuse connue par le secteur de l’action culturelle cinématographique suite aux annonces de réductions budgétaires faites par le ministère de la Culture. A court terme les crédits en direction des festivals, des associations de cinéma et d’éducation à l’image sont menacés.

Dans le même temps, certains circuits multiplient les attaques juridiques et médiatiques en direction des salles d’art et d’essai et de l’intervention publique en faveur des politiques de proximité et de diversité culturelle.

Nous qui créons, fabriquons, produisons, diffusons, accompagnons des films, leurs auteurs, qui amenons le cinéma dans les villages, les quartiers, les écoles, dans les salles et aussi dans la rue, dans les hôpitaux ou bien dans les prisons, qui organisons des festivals, des ateliers, des rencontres entre les professionnels et le grand public.

Nous qui soutenons un cinéma de qualité, d’indépendance et de création, dans le cadre d’une politique nationale concertée et durable fondée sur l’intérêt général, dans le cadre de la reconnaissance par l’OMC du principe de l’exception culturelle et pour la diversité culturelle soutenue par l’UNESCO.

Par cette mobilisation exceptionnelle, nous souhaitons alerter à la fois les pouvoirs publics, les élus locaux, la presse, les spectateurs et l’ensemble de la profession du cinéma et de l’audiovisuel sur la nécessité de défendre le système français de soutien au cinéma et à l’action culturelle.

Et nous appelons solennellement l’Etat à réaffirmer la place du cinéma et de l’audiovisuel dans le champ de l’art et de la culture.

Pour signer la pétition.





Ours :
Rédacteur en chef : Thomas Roland
Rédacteurs : Francis Moury, Deza Nguembock, Valéry Poulet, Emilia Prudhomme, Thomas Roland...
Secrétaire de rédaction : Thomas Roland
Photos : Benjamin Calippe, Bruno Detante, Laffitte Mourad, Thomas Roland...
Développement du site : Pierrick Prudhomme
Remerciements : Carlotta Films, Éditions de la Librairie du Labyrinthe, Éditions Montparnasse, Sylvie Legrand de Metropolitan/Seven Sept, Nicolas Stanzick et les Éditions Scali, Régis Dubois et les Éditions Sulliver...


Les illustrations sont issues de collections personnelles, de dossiers de presse (Warner, Metropolitan Film & video, Paramount, 20th Century Fox...) ou sont la propriété de leurs auteurs pour les photos originales.
 
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