Sea, sex and fun...
Pour beaucoup, ce 17 janvier 2009, c’est leur première fois. La première fois qu’ils voient un film pornographique projeté sur grand écran.
Montre moi du rose est un titre qui pourrait évoquer à des adolescentes quelques bluettes peuplées de princes charmants, seulement, c’est celui du dernier film de John B. Root, présenté, ce soir-là, en avant première.
« J’ai voulu faire un remake porno d’Hélène et les garçons », explique le réalisateur sur la scène du cinéma de l’Elysées Biarritz. Derrière ce titre à tiroir, John B. Root ne montre pas que des muqueuses. Et comme il l’annonce lui-même, le rose, c’est aussi le rose sentimental, le rose de la vie belle et ensoleillée à Kato Zakros, petit port de l’extrêmité est de la Crête. La musique de Luigee Tradermarq rappelle parfois ces tendres scènes de téléfilms. Mais il ne faut pas voir dans
Montre moi du rose qu’une simple caricature.

Dans un petit port au bout du monde, six personnages, trois hommes et trois femmes, se cherchent, font l’amour, discutent. Hommes désespérés et femmes en quête de jouissance, d’expériences et de vécu, vont faire se lier et se délier les corps jusqu’à ce que chacun trouve sa moitié.
« C’est pas facile, de faire un film X qui raconte une histoire », confie John B. Root.
« Soit on y met beaucoup de sexe, ou des scènes de sexe très longues ; dans ce cas, les messieurs qui se polissent le chinois et les dames qui se frottent la péninsule (1) sont contents parce qu’une scène de cul n’est jamais trop longue quand on se masturbe devant. Mais les autres, ceux qui regardent le film dans une salle, ou en compagnie de non-onanistes attendent en baillant que les galipettes se terminent et que l’histoire enchaîne enfin. » Après deux essais, dont un ravit les cinéphiles au grand dam des amateurs de X alors que l’autre transporte de joie les seconds au grand désespoir des premiers, John B. Root refait le pari de raconter une histoire :
« 60 minutes de comédie et de dialogues et 45 minutes de galipettes. Est-ce que c’est la bonne proportion ? », se demande le pornographe cinéphile.
John B. Root privilégie l’humanité de ses personnages, les caractérise avec force problèmes de la vie de tous les jours et non comme de simples organes génitaux roses.
« Les fans remarqueront que Titof et Sébastian Barrio interprètent les mêmes personnages que dans XYZ : Antoine, le serveur, et Brutus, le cuistot », souligne le réalisateur, auteur, de film en film, d’un univers cohérent. Son but ? Expliquer comment ils en viennent à faire l’amour dans tous les coins de cette partie rocailleuse de la Crète. Ainsi, il légitime les scènes de sexe dans une logique de film de genre. Comme la narration d’un film d’action légitime les scènes de fusillades. Pas de cul pour le cul dans
Montre moi du rose, mais un véritable développement avec un début, un milieu et une fin... Et, malgré la nudité des actrices et acteurs, ils n’en sont pas moins parés d’un humour qui fait de
Montre moi du rose une franche comédie.
« Un film qui, dans la lignée du Principe de plaisir ou de Inkorrekt(e)s, est léger, une comédie érotique estivale dédramatisée et drôle », décrit le vidéaste. Tourné en cinq jours, le film de John B. Root se révèle bien supérieur à de nombreuses autre comédies françaises au budget plus conséquent et dont le temps de tournage se compte en semaines.
Quand Alice retrouve le serveur face au bateau échoué, le réalisateur la met en parallèle avec cette carcasse rouillée et mise à nue. Ces trois femmes sont chacune à leur manière échouées sur ce morceau d'île. Ce même bateau que nous retrouvons à la fin, dans le fond de l’écran, comme quelque chose qui s’éloigne. Au contraire de la barque du premier plan qui, elle, est amarrée à l’instar de ces trois jeunes filles qui semblent être arrivées à bon port.
Et quand le personnage incarné par Sébastian Barrio sort des répliques d’un machisme primaire, c’est pour, le réalisateur, un moyen de traduire le désert affectif du jeune homme. Il manque d’un amour qu’aucune femme ne lui a jamais démontré. Moteur du film, le dénuement affectif les amènent à baiser parce qu’il ne reste plus que cela à faire. Et comme la nature leur est grande offerte, ils baisent là où il sont, dans un grand rêve panthéiste baigné de soleil et de mer bleue, de roches volcaniques dures comme un coeur meurtri, de sable issu de cette pierre qui s’est effritée comme un sentiment qui n’est plus attendu. En fait, de rose, il y en a peu dans cette histoire, d’autant que les gros plans sont rares. Et sous le rire pointe une certaine mélancolie… Sans être clairement engagé dans un discours sociologique,
Montre moi du rose revêt un certain espoir dans l’amour avec une fin heureuse. Une conclusion durant laquelle John B. Root s’autorise même un pied de nez aux codes du porno.
Cependant, les scènes de sexe, très riches, montrent du sexe sain, vécu avec envie et plaisir. Les jeunes femmes sont maîtresses de leur sexe et décident de ce qu’elles désirent. Et l’homme d’apparaître comme un faire-valoir ? Ce n’est pourtant pas le cas. Dans la scène où Brutus et Mirina font l’amour, ils sont dans l’obligation, chacun leur tour et suivant les positions qu’ils adoptent, de tenir les rênes des chevaux pour éviter qu’ils ne s’enfuient. Par cette mise en scène, John B. Root souligne les rapports égalitaires que peuvent revêtir les rapports sexuels.
Cependant, la version que va diffuser Canal Plus sera beaucoup plus soft que celle projetée à l’Élysée Biarritz.
« Il sera diffusé en HD, dans une version de 1H28, en avril 2009. La version intégrale du film, plus hard, qui se trouve sur le dvd, dure 1H46 », explique John B. Root. Comme si l’interdiction de diffusion en salles ne suffisait pas, même sur les chaînes cryptées, le X, ça fait peur...
Poplephi & Thomas Roland
Photos de Poplephi
Montre moi du rose
de John B. Root (France - 2009)
Scénario, réalisation, montage : John B. Root
Musique : Luigee Trademarcq
Int. : Angell Summers, Milka Manson, Eliska Cross, Titof, Phil Hollyday, Sébastian Barrio, Lou Charmelle, Michael Cherrito, o0Astrée0o, John B. Root…
2 DVD-9 Zone 2 PAL, Le Dauphin Pirate, sorti à Paris en DVD le 17 janvier 2009
durée vidéo PAL: 1H46 - 2.35 compatible 16/9 couleurs – VOF - suppléments
(1) Colette Renard
DVD disponible sur le site de
John B. Root.